Avec une vérification d’âge conforme aux règles de l’Arcom, le site pour adultes ne doit recevoir qu’une preuve que vous êtes majeur, jamais votre nom ni votre date de naissance.

Ce que vous donnez réellement dépend de la méthode choisie et du prestataire qui fait la vérification.

Depuis la loi SREN de 2024, les sites pornographiques accessibles depuis la France doivent contrôler l’âge de leurs visiteurs. D’autres services pourraient suivre : le Parlement a voté en juillet 2026 une interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans, même si le Conseil constitutionnel a censuré cette interdiction le 14 août 2026, notamment parce que la loi ne disait pas comment l’âge serait vérifié. La question de vos données va donc revenir souvent.

MéthodeCe que le prestataire voitPoint d’attention
Estimation par le visageUne image de votre visageQui conserve l’image, et combien de temps
Pièce d’identitéNom, date de naissance, photoLe document le plus sensible à transmettre
Carte bancaireUne carte valide à votre nomNe prouve pas l’âge à elle seule
Identité numérique ou applicationUne attestation « majeur »Dépend de l’application installée

Pourquoi on vous demande de prouver votre âge

La loi SREN du 21 mai 2024 charge l’Arcom de veiller à ce que les contenus pornographiques ne soient pas accessibles aux mineurs. Déclarer « j’ai plus de 18 ans » ne suffit pas : le Code pénal l’écarte expressément. L’Arcom a donc publié le 11 octobre 2024 un référentiel qui fixe comment la vérification doit se faire.

Les règles visent les sites, pas les internautes. Ce sont les éditeurs qui risquent une amende, un blocage ou un déréférencement s’ils ne vérifient pas l’âge. Le contexte du bras de fer avec Pornhub est raconté dans Pourquoi Pornhub est bloqué en France ?

Le double anonymat, expliqué simplement

Le double anonymat sépare deux informations qui, réunies, seraient très sensibles : qui vous êtes et quel site vous visitez.

  1. Le site pour adultes vous renvoie vers un prestataire de vérification indépendant.
  2. Le prestataire vérifie votre âge, par exemple à partir d’un document ou d’une application.
  3. Il vous remet une preuve qui dit seulement « cette personne est majeure ».
  4. Vous présentez cette preuve au site, qui ne connaît ni votre identité ni la façon dont la preuve a été obtenue.

Dans ce schéma, le site ne sait pas qui vous êtes, et le prestataire ne sait pas sur quel site vous allez. La CNIL, qui a rendu un avis sur le référentiel, résume : le site reçoit la preuve de votre majorité mais ne connaît pas votre identité.

Le référentiel de l’Arcom impose au site de proposer au moins une méthode en double anonymat depuis la fin de la période de transition, au printemps 2025. Le site peut proposer d’autres méthodes à côté, qui ne sont pas forcément aussi protectrices. Le choix vous revient souvent : regardez les options avant de cliquer sur la première.

Ce que chaque méthode révèle

Estimation de l’âge par le visage. Vous prenez un selfie ou une courte vidéo, et un logiciel estime votre âge. Vous ne donnez pas votre nom, mais une image de votre visage part chez le prestataire. Demandez-vous s’il la supprime aussitôt l’estimation faite, ce que sa politique de confidentialité doit indiquer.

Pièce d’identité. Vous photographiez votre carte d’identité ou votre passeport. C’est la méthode la plus fiable pour le prestataire, et la plus lourde pour vous : nom, date et lieu de naissance, photo, parfois adresse. Une copie de pièce d’identité qui fuit peut servir à usurper votre identité.

Carte bancaire. Le référentiel n’acceptait la carte bancaire, avec authentification forte, qu’à titre transitoire : une carte ne prouve pas que la personne devant l’écran est majeure. Et votre banque n’a pas à savoir quels sites vous consultez.

Identité numérique et application européenne. La Commission européenne a présenté le 15 avril 2026 une application de vérification d’âge qui permet de prouver sa majorité sans révéler son identité, à partir d’un passeport ou d’une carte d’identité. La France fait partie des cinq premiers pays qui doivent l’intégrer à leur portefeuille numérique national, avec le Danemark, la Grèce, l’Italie et l’Espagne. Ce type d’outil est le plus proche du double anonymat idéal : l’attestation reste sur votre téléphone et ne dit que « majeur ».

Les vrais risques pour vos données

Le risque principal n’est pas forcément la méthode elle-même, mais ce qui l’entoure.

  • Les faux sites de vérification. Une page qui imite un prestataire peut récupérer une photo de votre pièce d’identité. Un lien reçu par SMS ou par message qui vous demande de « vérifier votre âge » est suspect par défaut.
  • Les fuites. Un prestataire qui garde les documents trop longtemps devient une cible. C’est l’argument central d’Aylo, l’éditeur de Pornhub, contre la vérification site par site.
  • Le lien entre identité et habitudes. Sans double anonymat, un même acteur peut savoir qui vous êtes et ce que vous regardez. C’est précisément ce que la CNIL demande d’éviter.
  • Le chantage. Des escrocs envoient des courriels affirmant détenir des images ou un historique de navigation. La plupart du temps, ils n’ont rien : ne payez pas et signalez le message.

Six bons réflexes

  1. Choisissez la méthode en double anonymat quand le site la propose.
  2. Vérifiez l’adresse de la page de vérification avant de transmettre quoi que ce soit.
  3. Préférez l’estimation par le visage ou une application à l’envoi d’une photo de pièce d’identité.
  4. Méfiez-vous d’un paiement demandé pour « vérifier votre âge » via un lien reçu par message : c’est un scénario classique d’arnaque.
  5. Lisez la durée de conservation annoncée par le prestataire.
  6. Utilisez un mot de passe unique si un compte est créé, et vérifiez s’il a déjà fuité avec notre test de fuite de mot de passe (en anglais).

Un VPN protège-t-il ces données ?

Non, pas celles que vous transmettez vous-même. Un VPN chiffre la connexion entre votre appareil et le serveur VPN et cache votre adresse IP au site visité. Il est utile sur un Wi-Fi public ou pour que votre fournisseur d’accès ne voie pas les sites que vous consultez. Mais une photo de pièce d’identité envoyée à un prestataire arrive chez lui, VPN ou pas.

Un VPN ne rend pas anonyme non plus : le service VPN voit votre adresse IP réelle. La légalité et les limites de l’outil sont expliquées dans Le VPN est-il légal en France ?. Vous pouvez vérifier quelle adresse les sites voient avec Quelle est mon IP (en anglais).

404 VPN et vos données

404 VPN chiffre le trafic avec le protocole VLESS. L’offre gratuite donne 2 Go par jour, sans carte bancaire, après création d’un compte par e-mail ou Telegram, et les applications existent pour Android et macOS. Comme tout VPN, il ne remplace pas les bons réflexes ci-dessus. Plus d’informations sur la page d’accueil.