Pornhub n’a pas été bloqué par l’État français : c’est son éditeur, Aylo, qui a coupé l’accès depuis la France en juin 2025 pour ne pas appliquer la vérification d’âge exigée par la loi.
Depuis début juin 2026, le site s’affiche de nouveau en France, mais dans une version sans contenu pornographique.
Derrière cette situation, il y a une loi de 2024, un référentiel technique de l’Arcom, trois décisions de justice françaises et un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne. Voici les étapes, dans l’ordre.
| Date | Ce qui s’est passé |
|---|---|
| 21 mai 2024 | Loi SREN : les sites pornographiques doivent vérifier l’âge |
| 11 octobre 2024 | L’Arcom publie son référentiel technique |
| 26 février 2025 | Un arrêté vise 17 sites établis ailleurs dans l’UE |
| 4 juin 2025 | Aylo coupe Pornhub, YouPorn et RedTube en France |
| 16 juin 2025 | Le tribunal administratif de Paris suspend l’arrêté |
| 15 juillet 2025 | Le Conseil d’État rétablit l’obligation, Aylo coupe à nouveau |
| 22 mai 2026 | Le tribunal administratif de Paris rejette les recours d’Aylo |
| début juin 2026 | Pornhub revient en France, sans pornographie |
| 16 juin 2026 | La Cour de justice de l’UE valide le principe sous conditions |
Ce que la loi exige des sites pornographiques
La loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et réguler l’espace numérique, dite loi SREN, a confié à l’Arcom la mission de vérifier que les contenus pornographiques ne sont pas accessibles aux mineurs. Une simple case « J’ai plus de 18 ans » ne suffit plus : le Code pénal précise déjà qu’une déclaration de l’internaute sur son âge ne protège pas l’éditeur.
L’Arcom a publié le 11 octobre 2024 un référentiel qui fixe les exigences minimales. Les points principaux :
- aucune image pornographique ne doit s’afficher tant que l’âge n’a pas été vérifié ;
- le site lui-même ne doit pas collecter l’identité ni la date de naissance de l’internaute ;
- le prestataire de vérification doit être indépendant du site ;
- après la période de transition, le site doit proposer au moins une méthode en « double anonymat » ;
- la vérification cesse d’être valable quand l’internaute quitte le site, et au plus tard après une heure d’inactivité.
Un site qui ne respecte pas ces règles s’expose à une mise en demeure, puis à une amende qui peut atteindre 150 000 euros ou 2 % du chiffre d’affaires mondial, et le double en cas de récidive. L’Arcom peut aussi demander le blocage du site et son déréférencement des moteurs de recherche. Le fonctionnement de ces blocages est détaillé dans Site bloqué par l’Arcom : comment ça marche.
Pourquoi Aylo a préféré couper l’accès
Aylo Freesites, la société qui édite Pornhub, est établie à Chypre. Le 26 février 2025, un arrêté ministériel a désigné 17 sites établis dans un autre pays de l’Union européenne, dont Pornhub, YouPorn et RedTube, comme soumis aux obligations françaises. Aylo a refusé de s’y plier et a fermé ses trois sites aux adresses IP françaises le 4 juin 2025.
L’entreprise avance deux arguments. D’abord la vie privée : selon elle, demander à des millions de Français de transmettre des données sensibles site par site crée un risque de fuites et de piratage. Ensuite l’efficacité : un contrôle fait par chaque site pousserait les mineurs vers des sites qui ne vérifient rien. Aylo défend à la place une vérification par l’appareil : chaque téléphone, tablette ou ordinateur serait protégé par défaut, et seul un adulte vérifié pourrait lever la protection. Ce débat est détaillé dans Contrôle parental ou vérification d’âge.
Le 24 août 2026, Aylo a encore écrit à l’Arcom pour qualifier le système français de « symbolique, inefficace et inapplicable » et demander que les fabricants de systèmes d’exploitation soient mis à contribution.
De la coupure de 2025 au retour sans porno de 2026
Le 16 juin 2025, le tribunal administratif de Paris a suspendu en urgence l’arrêté visant les sites établis dans l’UE : restait à savoir si la France pouvait imposer ses règles à un site installé dans un autre État membre. Aylo a rouvert ses sites quelques jours plus tard.
Le 15 juillet 2025, le Conseil d’État a annulé cette suspension, en jugeant que la condition d’urgence n’était pas remplie. L’obligation s’appliquait de nouveau, et Pornhub, YouPorn et RedTube sont redevenus inaccessibles en France le jour même.
Le 22 mai 2026, le tribunal administratif de Paris a jugé l’affaire sur le fond et rejeté les demandes d’Aylo contre l’arrêté du 26 février 2025. Aylo peut encore faire appel.
Ce que l’on voit en France aujourd’hui
Début juin 2026, Pornhub s’est remis à s’afficher depuis la France, mais dans une version édulcorée d’après la presse spécialisée : vignettes floutées ou remplacées par des vidéos sans caractère sexuel, et création de compte fermée pour les internautes situés en France. YouPorn et RedTube restaient, eux, totalement fermés.
Cette situation peut évoluer à chaque nouvelle décision, dans un sens comme dans l’autre. Les dates ci-dessus correspondent à l’état des informations au 16 septembre 2026.
Ce qu’a tranché la justice européenne
Le Conseil d’État avait posé une question de fond à la Cour de justice de l’Union européenne dans une autre affaire, visant deux éditeurs tchèques. En principe, un site est soumis aux règles du pays où il est établi : c’est le principe du « pays d’origine » de la directive sur le commerce électronique.
Dans son arrêt du 16 juin 2026 (affaire C-188/24), la Cour répond qu’un autre État membre peut tout de même imposer une vérification d’âge à ces sites, car la protection des mineurs fait partie de l’ordre public. Il doit toutefois respecter des conditions : viser des services précis par des décisions individuelles, demander d’abord au pays d’établissement d’agir et prévenir la Commission européenne, sauf urgence. C’est au Conseil d’État de vérifier que la France a respecté ces conditions.
Et les autres sites pour adultes ?
L’Arcom ne vise pas que les sites d’Aylo. Le 29 juillet 2026, elle a annoncé des procédures contre 31 nouveaux sites, soit 66 au total depuis le début de son action :
- 13 sites dont le pays d’établissement est introuvable : blocage et déréférencement demandés aux fournisseurs d’accès et aux moteurs de recherche, sous 48 heures ;
- 13 sites établis dans un autre pays de l’UE : procédure avec les autorités de ces pays ;
- 5 sites : lettre d’observations et 15 jours pour répondre.
Selon l’Arcom, depuis février 2025, 35 des sites pornographiques les plus consultés par les mineurs ont mis en place une vérification d’âge, cessé de proposer ces contenus en France ou été bloqués. Le régulateur cite une baisse de près d’un tiers du temps passé par les mineurs sur ces sites, d’après Médiamétrie.
Et le VPN dans tout ça ?
La loi SREN vise les éditeurs de sites, pas les internautes adultes. Utiliser un VPN est légal en France ; le cadre est expliqué dans Le VPN est-il légal en France ?. La coupure décidée par Aylo repose sur la localisation de l’adresse IP, comme la plupart des restrictions géographiques.
Ce blog ne donne pas de mode d’emploi pour contourner une vérification d’âge. Ces règles existent pour tenir les enfants à l’écart de la pornographie, et le gouvernement a déjà dit qu’il s’intéressait aux VPN pour cette raison.
Si vous êtes parent, les outils à activer sur l’appareil de votre enfant sont présentés dans Contrôle parental ou vérification d’âge. Ce que chaque méthode de vérification demande comme données est détaillé dans Vérification d’âge : quelles données donnez-vous ?