Si un site s’ouvre sur une page de l’Arcom qui parle de protection des mineurs, c’est que le régulateur a demandé son blocage aux fournisseurs d’accès : ce site laissait des mineurs accéder à des contenus pornographiques sans vérifier leur âge.
Ce blocage est administratif : il est décidé par l’Arcom elle-même, sans passer par un juge, et appliqué par les opérateurs et les moteurs de recherche.
La page affichée, hébergée sur protectiondesmineurs.arcom.fr, explique que le site a été bloqué parce qu’il permettait à des mineurs d’accéder à des contenus pornographiques, en violation de l’article 227-24 du Code pénal. Elle renvoie vers le site public jeprotegemonenfant.gouv.fr, destiné aux parents.
| Qui bloque | Pour quels contenus | Avec un juge ? |
|---|---|---|
| Arcom | Sites pornographiques sans vérification d’âge | Non, décision administrative |
| Tribunal judiciaire | Piratage, notamment sportif | Oui |
| Police, ministère de l’Intérieur | Contenus terroristes et pédocriminels | Non, décision administrative |
Les étapes avant un blocage
Depuis la loi SREN du 21 mai 2024, l’Arcom contrôle que les sites pornographiques accessibles depuis la France vérifient l’âge de leurs visiteurs selon son référentiel. Quand un site ne le fait pas, la procédure avance par étapes.
- Lettre d’observations. L’Arcom signale le manquement. Lors de l’action de juillet 2026, les sites concernés avaient 15 jours pour répondre.
- Mise en demeure. Le site doit se mettre en conformité. Les mises en demeure peuvent être rendues publiques.
- Sanctions. Amende jusqu’à 150 000 euros ou 2 % du chiffre d’affaires mondial, blocage par les fournisseurs d’accès, déréférencement des moteurs de recherche.
Pour un site établi dans un autre pays de l’Union européenne, la France doit d’abord demander à ce pays d’agir et prévenir la Commission européenne, sauf urgence. C’est ce qu’a rappelé la Cour de justice de l’UE le 16 juin 2026. Cette question est au cœur du dossier Pornhub, raconté dans Pourquoi Pornhub est bloqué en France ?
L’action de l’Arcom en juillet 2026
Le 29 juillet 2026, l’Arcom a lancé des procédures contre 31 nouveaux sites pornographiques, soit 66 au total depuis le début de son action :
- 13 sites dont le pays d’établissement est introuvable : blocage et déréférencement demandés aux fournisseurs d’accès et aux moteurs de recherche, à appliquer sous 48 heures ;
- 13 sites établis dans d’autres pays de l’UE : procédure passant par les autorités de ces pays ;
- 5 sites : lettre d’observations, avec 15 jours pour répondre.
L’Arcom indique que, depuis février 2025, 35 des sites pornographiques les plus consultés par les mineurs ont mis en place une vérification d’âge, arrêté de proposer ces contenus en France ou été bloqués. Selon les chiffres de Médiamétrie qu’elle cite, le temps passé par les mineurs sur ces sites a baissé de près d’un tiers.
Comment le blocage fonctionne techniquement
Le blocage demandé par l’Arcom repose sur les grands fournisseurs d’accès, comme Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free, et sur les moteurs de recherche.
Chez le fournisseur d’accès. Quand votre appareil demande l’adresse d’un site, il interroge d’abord un serveur DNS, souvent celui de votre box. Pour un domaine bloqué, ce serveur ne renvoie plus l’adresse du vrai site mais vous oriente vers la page d’information de l’Arcom. Le site existe toujours, mais votre connexion n’est plus dirigée vers lui.
Dans les moteurs de recherche. Le site est retiré des résultats pour les internautes en France. Il reste en ligne, mais il ne se trouve plus en cherchant son nom.
Ce qui n’est pas touché. Le blocage vise des noms de domaine précis. Les autres sites de l’éditeur, s’ils sont conformes, restent accessibles.
Pourquoi un blocage n’est jamais étanche
Un blocage par nom de domaine a des limites connues, et le législateur comme les juges en tiennent compte.
- Les sites miroirs. Un site bloqué peut réapparaître sous une nouvelle adresse. Dans les affaires de piratage sportif, la justice a prévu que l’Arcom puisse faire ajouter les nouvelles adresses à la liste sans nouvelle décision.
- Les serveurs DNS alternatifs. Un appareil peut utiliser un autre serveur DNS que celui du fournisseur d’accès. Dans ces mêmes affaires de piratage, des résolveurs DNS publics ont aussi reçu l’ordre de bloquer des domaines.
- Les VPN. Le tribunal judiciaire de Paris a ordonné en 2025 à plusieurs fournisseurs de VPN de bloquer des sites pirates pour leurs utilisateurs en France. Le cadre est détaillé dans Le VPN est-il légal en France ?
Le blocage réduit l’exposition des mineurs sans la supprimer, d’où l’importance des outils installés sur l’appareil de l’enfant : voir Contrôle parental ou vérification d’âge.
Ce que risque l’internaute
Les obligations de la loi SREN portent sur les éditeurs de sites. Un adulte qui tombe sur la page de blocage n’a commis aucune infraction : la page informe, elle ne sanctionne pas.
Le Code pénal punit en revanche le fait de rendre des contenus pornographiques accessibles à des mineurs. C’est sur ce fondement que les sites sont visés.
Page de blocage, panne ou erreur ?
Un site qui ne s’ouvre pas n’est pas forcément bloqué. Quelques repères :
- Page de l’Arcom : blocage administratif, le site est visé par une procédure.
- Message d’erreur du navigateur : panne du site, problème de DNS ou de connexion.
- Message de l’éditeur lui-même : le site a choisi de se fermer en France, comme Pornhub l’a fait en 2025.
Pour savoir si un site répond depuis d’autres pays, notre outil Le site s’ouvre-t-il ailleurs ? (en anglais) le teste depuis nos serveurs.
Et si un site est bloqué à tort ?
Le blocage est une décision administrative : l’éditeur concerné peut la contester devant le juge administratif, comme Aylo l’a fait contre l’arrêté qui visait ses sites. Pour un internaute, le bon réflexe est de vérifier l’adresse exacte : un nom de domaine proche d’un site connu peut appartenir à un tout autre éditeur.